Vendredi … Analyses et documents n° 18

 Syvestre Huet*

Le mont Everest, la Chine, les satellitesmount-everest11

Le séisme qui a secoué le Népal le 25 avril a déplacé le Mont Everest. Le plus haut sommet du monde (8.844 m si l’on décompte la glace du sommet, comme le font les Chinois) a été déplacé de 3 centimètres vers le sud-ouest par ce séisme de magnitude 7,8. Un tremblement de terre qui a causé la mort d’au moins 8.700 personnes à Katmandou et dans les vallées montagneuses. La vallée de Katmandou, à 80 kilomètres au sud-est de l’épicentre, s’est elle déplacée d’environ 1,5 mètres vers le sud et s’est soulevée d’un mètre.

Cette annonce excite curieusement les gazettes et certains rédacteurs en chef. Qui s’interrogent gravement « mais comment diantre le sait-on ? ».

L’intérêt dans cette affaire est que l’annonce du mouvement de l’Everest vient de Chine et plus exactement de la NASG (Administration for surveying, mapping and geoinformation of China). En clair, une agence gouvernementale chargée d’utiliser les moyens satellitaires pour doter la Chine, son gouvernement, ses entreprises et administrations, des informations précieuses que l’on peut obtenir depuis l’Espace. Une Chine qui s’est équipée en technologies spatiales et en capacité d’analyse des observations par satellites de grande ampleur pour cartographier son territoire, tant pour la géographie physique que pour la géographie humaine et160px-Beidou_navigation_satellite_system économique.

Le GPS chinois se nomme Beidou

Selon la NASG, plus de 20.000 entreprises ou services publics utilisent ou élaborent des produits d’information en utilisant les techniques et les données satellitaires, et plus de 400.000 personnes y travaillent. Parmi ses productions, elle compte depuis l’an dernier une carte de l’ensemble de la planète avec 30 mètres de résolution (couvert forestier, cultures, cours d’eau, bâtiments, surface enneigées…), pour les années 2000 et 2010, utilisables à des fins scientifiques, économiques, d’aménagement urbain et rural… La Chine a fait don de cette carte à l’ONU, elle est donc accessible gratuitement en en téléchargeant les fichiers. A la fin des années 1990, la Chine a abondamment utilisé les observations satellitaires provenant des industriels américains et européens. Puis elle s’est dotée de moyens propres de plus en plus performants.

Elle dispose en particulier d’un système de géolocalisation et de navigation par satellite (un « GPS » pour prendre l’acronyme du système militaire des États-Unis) baptisé Beidou dont une balise a été installé cette année en Antarctique.

C’est avec ce système, mais probablement en utilisant aussi les signaux du GPS américain, voire du Glonass russe, que les Chinois imagessurveillent l’altitude et le positionnement de dizaines de milliers de balises posés au sol et dont le déplacement lors des séismes mais également, sur la durée, par les lents mouvements de la tectonique des plaques, est révélé par l’enregistrement de leur position par satellites. Il existe une seconde technique pour mesurer un petit déplacement du sol, qui consiste à comparer des images radar prises en interférométrie avant et après un séisme, une éruption volcanique ou un glissement de terrain. C’est ainsi que selon la NASG, l’Everest s’est élevé de 3 cm au cours des dix dernières années, donc à la vitesse de 0,3 cm/an. Et qu’il a glissé de 40 centimètres vers le nord-est en dix ans, puisqu’il est entrainé par la plaque indienne qui s’enfonce dans la plaque où se trouve la Chine. Le séisme l’a donc fait reculer par rapport à ce mouvement.

Par Sylvestre Huet, le 16 juin 2015

► Cf aussi sur le blog de Sylvestre Huet  le 6 juin dernier : « En 2022 la Chine pourrait produire plus d’articles scientifiques que les USA, .http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/06/science-la-chine-devant-les-etats-unis-en-2022-.html

Cf le lien avec son blog

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