Mardi … Invité, Karl Marx

Karl Marximages

« L’arôme spirituel »

Le pape François, publié ici même en invité du précédent Mardi, condamne le « capital érigé en idole » et incite chacun à ne pas « sous-estimer » sa propre capacité à devenir, contre un système destructeur d’humanité, « un semeur de changement »…

A sa lecture plus d’un blogueur a réagi avec, à l’esprit, la formule archi-citée de Marx sur la religion  « opium du peuple ». Mais qu’entendre par « opium » ?

Il suffit de lire le texte de Marx pour y trouver une pensée ouverte à la contradiction, à la complexité humaine, à la compréhension généreuse. La caricature de cette pensée en dogmatisme étroit est un contresens total. L’extrait ci-dessous* invite à saisir,  dans le mouvement de ses idées , une œuvre  à peine esquissée : notre invité avait alors 25 ans…

 

Karl MarxUnknown-1

La religion est la conscience de soi et le sentiment de soi qu’a l’homme qui ne s’est pas encore atteint lui-même, ou bien s’est déjà reperdu. Mais l’homme n’est pas un être abstrait, blotti quelque part hors du monde. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société. Cet État, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu’ils sont eux-même un monde à l’envers. La religion est la théorie universelle de ce monde, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son “point d’honneur” * spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, le fondement universel de sa consolation et de sa justification. Elle est la réalisation fantasmagorique de l’essence humaine, parce que l’essence humaine ne possède pas de réalité véritable. Lutter contre la religion, c’est donc indirectement lutter contre le monde dont la religion est l’arôme spirituel.

La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, la chaleur d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple.

Abolir la religion en tant que bonheur illusoire du peuple, c’est exiger
son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions de sa situation, c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole.

La critique a dépouillé les chaînes des fleurs imaginaires qui les recouvraient, non pour que l’homme porte des chaines sans fantaisies, désespérantes, mais pour qu’il rejette les chaînes et cueille la fleur vivante.

In « Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel »  , Editions sociales , 1975

* En français dans le texte

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>