Mardi … Invitée, Monique Chemillier-Gendreau

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De la guerre à la communauté universelle *

Comment la pensée du politique peut-elle rendre compte de la complexité du monde d’aujourd’hui ? Il n’y a plus, de nos jours, d’appartenances exclusives. Chaque être humain appartient à diverses communautés politiques emboitées entre elles.

Il est donc inévitable qu’il y ait superposition de normes à l’intérieurUnknown d’un même espace et exigence, non pas de conformité entre toutes ces normes,  – ce qui supposerait une nouvelle centralisation (donc une hégémonie) -, mais des moyens d’assurer la compatibilié des systèmes de normes entre eux.

… Il s’agit bien de s’aventurer sur le terrain des utopies pour y guetter les signes de surgissement d’une communauté supérieure, ce surgissement de l’idée d’humanité, mettant en scène, explorant de nouvelles formes politiques du lien humain. La conscience de cette communauté universelle est la condition d’un nouveau droit prenant en compte la tension entre l’altérité radicale, les groupes différenciés, et le commun des hommes dans leur universalité.

Nous sommes devant une mutation qui ne permet pas d’emprunter les anciens schémas, car ils ne conduisent pas à rompre avec le cours d’une histoire dont Walter Benjamin*  disait qu’elle est constitutive de la catastrophe. Le saut qualitatif nécessaire est en rupture avec la culture du politique et du juridique qui a prévalu jusqu’ici.41KGP4JQDHL._SX294_BO1,204,203,200_

Comment garantir à chacun la reconnaissance de son altérité et la sécurité de la communauté politique à laquelle il appartient, garanties indispensables puisque les communautés particulières, bien que contingentes, sont l’expression de la diversité du monde ? Et   comment, dans le même mouvement, cristalliser la conscience d’appartenir à une communauté universelle et favoriser ses expressions sans courir le risque d’une confiscation de cet universel par la domination d’un groupe particulier ?

Exprimant  l’universalité des hommes, cette communauté ne peut plus fonder son unité sur un ennemi extérieur. Là est sans doute la plus bouleversante innovation à venir : construire une pensée politique dépouillée de la notion d’ennemi. Il s’agit d’une nouvelle expérience humaine et, probablement, d’une expérience poétique et spirituelle autant que politique et juridique.

… Revenir sur les situations actuelles dans leur dimension historique, analyser les formes de violence qui les traversent, s’interroger sur la nature de l’association politique construite à travers la forme étatique pour unir des groupe particuliers et sur son échec, prendre la mesure des risques que court une société mondiale désertée de tout lien politique, et, de ce fait, maillée par un droit inefficace et marquée d’injustice, cela fera l’objet d’un premier cheminement. Il sera temps alors d’ouvrir une page plus inventive en se penchant sur les linéaments du renouveau en cours. Timide entrée en scène de l’humanité, crispations parallèles sur des identités restreintes, difficulté à repenser le lien politique aux diverses échelles adaptées aux enjeux, ces constats nous feront entrevoir à quels changements substantiels est conditionnée toute avancée vers la paix ou, à tout le moins, à la réduction de la violenceimages-1.

Ils nous indiqueront quels bouleversements logiques et culturels vont nous être imposés. Il apparaît alors que le droit, c’est à dire le couple que forment la norme et le juge, est bien la clé d’une société mondiale apaisée, fondée sur une mesure du juste universellement acceptée.

Monique Chevillier-Gendreau, professeur émérite de droit public et de sciences politiques.

 *Ce « clin d’œil » reprend les propos conclusifs de l’introduction de son dernier livre, publié chez Fayard 2013 : « De la guerre à la communauté universelle, entre droit et politique. »

* Cf Walter Benjamin, « sur le concepet d’histoire », Ed Gallimard, collection Folio 2000, TIII p427…

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