Vendredi … Passages d’été N° 3

Frédérick Genevée*

 Vertige et perspectivesUnknown

La situation politique grecque donne le vertige. Tous les militants de l’émancipation tournent et retournent les arguments. Il est évident que l’accord imposé à la Grèce par ses créanciers est une condamnation à l’austérité pour toujours, il est aussi évident que cet accord ne fera pas revenir la Grèce sur les chemins de la croissance.

Il est tout aussi clair qu’une sortie de l’euro d’un pays comme la Grèce la condamne au chaos économique et à l’appauvrissement. Il n’y a donc pas de solution logique à cette contradiction si l’on en reste à des arguments et des raisonnements essentiellement économiques.

Comme si l’économie était une science permettant de prévoir l’avenir. L’essentiel doit donc revenir à la politique. Mais la politique n’est pas non plus une science, la politique révolutionnaire est un pari, une ouverture des possibles. Alors que faire ? D’abord, il ne faut pas s’immiscer dans les affaires de Syriza par principe d’abord et parce que chaque force de la gauche européenne agit à partir de ses traditions, de sa situation, de son champ politique qui est encore essentiellement national. Il faut ensuite sauver coûte que coûte l’unité de la gauche européenne. C’est possible, le PGE et la GUE rassemblaient bien avant la crise grecque des partis aux conceptions et aux rapports très différents à l’égard de la construction européenne et de l’euro. Il est donc tout à fait faisable de préserver cette unité en Europe et en Grèce. C’est possible et stratégique car ce sont les avancées des forces de la gauche européenne dans leurs pays respectifs et quel que soit leur rapport à l’UE et à l’euro qui vont déterminer les possibilités de sortir de l’impasse en Grèce.

Les scenarii proposés à gauche vont du grexit ordonné au desserrement progressif de l’étau austéritaire dans le cadre de l’euro. Dans les deux cas, il ne peut s’agir de questions techniques mais de choix souverain des peuples. Or la souveraineté populaire n’est pas une donnée, c’est une dynamique. Il faut donc travailler au surgissement du peuple et au dépassement des contradictions. Il est impossible de sortir de l’austérité sans dépasser l’euro tel qu’il est aujourd’hui. Ce dépassement peut être conduit de l’intérieur, par la mobilisation sur des propositions alternatives qui de fait le remettent en cause. Il peut aussi être accéléré par la sortie de l’euro de tel ou tel pays car cela tuerait l’idée d’une inscription quasi magique pour l’éternité de son fonctionnement actuel. Le principal, c’est l’objectif d’une Europe démocratique et sociale. Le maintien dans l’euro ne peut pas avoir pour prix l’impossibilité de l’expression de la souveraineté populaire, la sortie de l’euro ne peut pas avoir pour prix le repli national et la concurrence entre les peuples.

À partir de ces principes, il faut inventer des modalités d’actions communes aux différentes forces de la gauche européenne en étant conscient que les affrontements politiques avec les forces néolibérales seront violents. Nous pourrions ainsi proposer aux citoyens d’Europe d’exiger par la pétition, les rassemblements, les avancées électorales la négociation d’un autre accord pour la Grèce, d’un accord juste et équitable, nous pourrions aussi exiger de la même manière une conférence européenne sur les dettes souveraines. Il n’y a pas d’autres chemins.

La crise grecque peut déboucher sur un sentiment d’impasse et de paralysie mais elle peut aussi ouvrir des perspectives nouvelles. Elle a d’ores et déjà mis à nu le fonctionnement des institutions européennes et leur soumission à la politique du gouvernement allemand. Cette prise de conscience peut s’approfondir jusqu’à ébranler la construction libérale de l’Union européenne. Il faut parier sur cette évolution et agir dans cette direction, sinon c’est la mort de la politique et la fin de tout espoir de changement en Europe et en France.

*Publié dans l’Humanité du 30 juillet
Frédérick Genevée, historien
Dernier livre :
La fin du secrêt, histoire des archives du PCF, ed de l’Atelier 2012

 

 

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