Mardi … Invité, René Piquet

René Piquetconduite-vigne-bio-01

Le soleil s’attarde comme une récompense*

FL  Dans le débat ouvert  sur le « travail » et le devenir humain, les témoignages et les analyses s’entrecroisent. J’ai pensé intéressant de reprendre le témoignage singulier de René  Piquet sur sa relation d’enfant au travail. Il est donc aujourd’hui « l’invité » du blog, avec ce texte extrait de son livre « Le soleil s’attarde comme une récompense ».* 

1947. Va ranger la ferraille !

… Curieux statut que celui de l’apprentissage ! On vient apprendre à faire de la mécanique alors que défilent les vidanges, les roues crevées, les lavages et la ferraille à ranger…

C’est normal, me dit-on. Ah bon ! « Maintenant fiston, écoute le patron, file à la ferraille, et vite. Il n’y a pas de travail stupide ! »

L’ensemble est désolant. Tout est pêle-mêle.  Les U, les I, les T, les O semblent, toutes longueurs enchevêtrées, me narguer de leur rouille bête et sale. Enfin, il faut s’y mettre. Progressivement, l’espace s’élargit et l’œil découvre une forge accueillante. La transformation effectuée me procure une satisfaction inattendue. Pas de travail stupide vient de me dire Arthur. Peut-être !

Le travail bien fait ne me laisse pas indifférent.

Ce sentiment, je l’ai déjà éprouvé, une fin de journée d’été, après de longues heures passées dans la vigne, à relever et étêter, pour que les grappes puissent s’offrir un mûrissement mérité. La chaleur a, petit à petit, capitulé, accordant au corps en sueur la fraîcheur espérée. A peine plus élevé que les rangs de vigne mon regard peut, enfin, s’approprier un tapis vert d’une vigoureuse jeunesse. L’horizon rectiligne qu’il dessine apaise les tensions de l’effort et me révèle l’efficacité du travail. Le calme arrive toujours avant que la nuit ne tombe, mais la vision du paysage transformé ajoute un sentiment de plénitude. Mes mains ont dialogué avec la nature et contribué à sa beauté.

A l’ouest, tout proche, le soleil s’attarde comme une récompense.

…  Ainsi la vie construit, dans l’envoûtant secret où elle se plaît à évoluer, la personnalité de chacun. Très rarement elle annonce à l’avance les tracés des aventures possibles…  Peut-être suis-je de ceux qui ne s’intéressent aux autres que pour s’enivrer de soi. Mais tout m’intéresse…

Cf  René Piquet « Le soleil s’attarde comme une récompense, regards sur un engagement politique ».* Ed. Le temps des cerises 2007. Épuisé, disponible sur les sites de la FNAC et d’Amazon.

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