Clin d’œil invité : Catherine Coquery-Vidrovitch

51OsMKI0eqL._AA160_Une version pusillanime

La réforme des programmes de l’Éducation nationale en histoire continue d’agiter les esprits. Les corrections apportées par la Ministre sous l’influence d’un centre soucieux de satisfaire chacun et son contraire donnent une version pusillanime de notre passé commun. Ainsi l’on vient de supprimer de l’enseignement primaire les thèmes de la colonisation et de la migration. Comme si les enfants n’avaient pas envie qu’on leur explique ce dont tout le monde parle ! c’est désolant. Les enfants ont   besoin de savoir, et ils entendent bien plus qu’on ne croit.

Le savoir est le seul recours contre les bruits les plus absurdes qu’ils sont sans doute les premiers à capter, car l’esprit des enfants est agile. On veut les protéger en cachant – douce illusion – à des classes plurielles certains des problèmes majeurs de notre temps ? C’est … puéril. Quand au programme du secondaire, il propose pour l’instant une sottise : il recommande de “mettre en parallèle” la fin de l’esclavage et la colonisation. Qu’est- ce que cela veut dire ? Qu’on recommande, pl:utôt, de mettre en parallèle les deux processus, qui ne concernent pas l’histoire des mêmes colonies, avec l’essor de l’industrialisaton occidentale (puisque le terme de capitalisme est un gros mot qui fait toujours peur). Au moins cela ferait sens en les replaçant dans l’histoire du monde. Espérons que la Ministre va raison garder.

Catherine Coquery-Vidrovitch, Professeur émérite, Histoire africaine, Université Paris Diderot

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