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Faire taire la colombe ?

René Piquet

Je ne parle que pour moi.

Comme tout le monde je pense aux victimes des attentats, à l’immense détresse des familles, au drame qui interpelle chacun de nous. A la froideur qui nous saisit.

Pour ma part je n’ai pas de savoir assuré. Ni de certitude sans retour. Moins encore de révélation porteuse de sérénité. L’émotion, la compassion pour les victimes innocentes – innocentes comme toujours dans ces actes de violence aveugle – étouffent une part du discernement pourtant nécessaire. Mais, malgré tout, ma capacité de rébellion lève le souffle court qui s’est emparé de moi aux premières minutes de ce drame.

L’Histoire ? Oui, l’Histoire. Bon nombre de ceux qui en font profession nous rappellent qu’elle est toujours tragique. Je me garderai bien de protester.

Pour ce qui me concerne je suis assiégé par la mémoire. Elle laisse, en moi une trace de souffrance et une exigence de responsabilité personnelle. Car la violence, y compris la plus aveugle, résulte, nous le savons, de choix et de décisions connues. Et ses auteurs, directs ou indirects, sont identifiés. Mais l’Histoire garde aussi, dans ma mémoire, de belles et grandes pages de solidarité, de rassemblement populaire citoyen, de fraternité désintéressée. Et cela sans « union sacrée » comme unique symbole de la qualité morale et politique d’un peuple.

La condamnation de la violence meurtrière peut être unanime – qui pourrait avoir l’audace de l’approuver ? – sans que s’estompent, chez chacun de nous, les singularités, les différences des choix politiques qu’il convient de mettre en oeuvre pour combattre les causes de cette violence et tenter d’y mettre un terme.

On ne doit pas laisser les idées, les mots au chômage. Sinon le désert y trouve son espace. Et le pire peut s’y installer.

La France, c’est ma conviction, devrait être à l’initiative, au delà des mesures de sécurité intérieures strictement nécessaires, d’une politique audacieuse pour construire, pas à pas, des relations internationales nouvelles qui isolent toutes les sources du terrorisme. Des relations qui éliminent progressivement une barbarie qui ne cesse, dans cette période troublée, de se manifester sur tous les continents.

Je ne suis pas de ceux qui souhaitent chercher la vérité sous les bombes. Et moins encore de ceux qui veulent, dans les mots, faire taire la colombe.

* L’image à la « une » reproduit un détail  du  « Jardin des délices » de Jérome Bosch.

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