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Quand le jour s’en va

René Piquet

Le malentendu. Il fait son nid dans les mots et dans les pensées que ces derniers charpentent. Le malentendu grandit surtout lorsque se manifeste une actualité qui agresse ce qu’il y a de plus intime en chacun de nous.

Comme moi, vous l’avez souvent remarqué, le malentendu revient quand le jour s’en va.

Il en est ainsi du 13 novembre, avec la disparition de la lumière dans le regard des victimes et l’émotion qui saisit alors l’opinion publique.

Cette forte émotion fait naître nombre de sentiments, de réflexions, de jugements et de comportements différenciés. Parfois nettement opposés. Plus encore, cette émotion est même instrumentalisée pour servir des ambitions politiques plus ou moins avouables.

Dans cette émotion, vous et moi ne voulons pas être simplement ceux qui continuent la plainte. Nous voulons réagir, défendre et affirmer l’humain que chacun porte en soi. Nous voulons contribuer à l’affirmation de la solidarité, de la générosité qui ont jalonné l’histoire de la grande majorité des français.

Raison de plus pour éliminer la malice des mots. Leur attribuer leur poids réel. Leur faire dire ce que nous ignorons d’eux pour être compris de l’interlocuteur. Je m’y efforce, mais ne réussis pas toujours. Les critiques, les remarques et les demandes diverses de nos blogueurs en attestent.

Alors je tente d’effacer, dans les mots, ce qu’ils « portent en eux d’ombre ».

D’abord, je juge les hommes sur ce qu’ils disent. Plus encore sur ce qu’ils font, en fonction du rôle qui est le leur dans la vie commune. Pour ne pas être injuste je tente de ne rien oublier de leur personnalité réelle, de leurs contradictions, de leurs faiblesses, voire de leurs vertus. Mais je veux pouvoir me prononcer, au regard de leur responsabilité – et de la manière dont ils l’assument- en toute clarté. Condamner, désapprouver ou applaudir. Montrer le poing, ou tendre une main qui ne soit pas fanée par l’hiver. Je veux pouvoir faire cela.

Mais je fais cela avec la mesure que mon statut impose. Je ne suis aujourd’hui, qu’un témoin engagé. Je ne veux pas, au nom de mon activité passée, jeter, sans discernement, dans le contemporain tempétueux, mes critiques ou mes approbations plus ou moins justifiées. D’autant que je suis inapte à partager, avec tous, l’action quotidienne sans laquelle la pertinence  et l’efficacité des idées ne peuvent se valider.

Ensuite, j’affirme mes convictions pour ce qu’elles sont. Elles procèdent, c’est vrai, d’une réelle expérience, d’une longue responsabilité. Mais ces dernières ne me donnent pas, tant s’en faut, l’autorité d’une « belle vérité ». Je laisse à d’autres, la capacité d’énoncer leurs certitudes en tout domaine. Dans ces heures, ils sont d’ailleurs plus souvent perroquets que colombes.

Je veux pouvoir dire, aujourd’hui, que le concept de guerre n’est pas acceptable, que la solution – que l’on dit rechercher – ne surgira pas sous les bombes, que la sécurité pour tous ne peut-être assurée que dans la liberté et non dans sa restriction. Et je répète : « On peut si on le veut » affronter les défis auxquels on est confronté. On dispose des moyens, politiques, diplomatiques, économiques et financiers, pour isoler le terrorisme, tarir ses sources et éliminer les situations qui permettent son développement. Le gouvernement, la plupart des leaders et forces politiques savent tout cela. Mais ils ne font pas ce choix décisif.

Le monde n’a pas besoin de nouveaux chefs de guerre. Il a besoin de leaders et, plus encore, de citoyens porteurs d’une grande ambition de transformation des conditions de vie des hommes, des relations entre peuples et pays, pour favoriser de nouvelles avancées de civilisation.

Rien ne se construira contre la barbarie dans le monde si l’on ne goûte pas la fraternité dans la forêt commune du progrès humain.

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