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Ce qu’ils portent en eux d’ombre

René Piquet  

Vendredi 4 décembre. Il me semble impossible de publier l’article que je viens d’écrire sur « les mots » !

Le week-end électoral à venir, ses résultats et conséquences, ne peuvent que focaliser l’attention de nos lecteurs du blog.

Lundi 7 décembre. A l’écoute des commentaires, des analyses, des manipulations suggérées, des détournements opérés je trouve finalement, à ce texte, une certaine actualité immédiate. Les mots, l’utilisation qui en est faite, le méli-mélo confusionnel qu’ils provoquent ( pensez aux mots «gauche», et «la gauche» ) justifient peut-être son maintien . Je vous laisse en apprécier …

Il faut l’admettre. Nous sommes citoyens d’une mer orageuse.

Nous savons, je ne l’ignore pas, que l’on peut-être, ensemble, le rocher qui use l’océan. Et que, toujours, dans les vagues tumultueuses de l’Histoire, les mots et les actes qui souvent les suivent, soufflent l’émotion, la révolte. Qu’ils affirment l’ambition d’un nouvel horizon. Mais ce dernier, avouons le, a bien du mal à se dessiner.

Dans ces turbulences je suis frappé par l’ampleur de ce qui se dit et s’écrit. Au delà des formations politiques traditionnelles et des institutions connues, des pensées, des propositions, voire des initiatives nouvelles se multiplient. Dans tous les domaines de la vie sociale. En France et dans le monde. Une recherche, comme me le dit l’auteur d’un commentaire sur Facebook, pour trouver la clairière « dans la forêt commune ».
Pas simple !

Beaucoup parmi nous, et chacun à sa manière, souhaitent prendre place dans cette recherche. Le débat est multiforme. La diversité forte et les arguments contradictoires. Mais je tiens pour essentielle la volonté d’apporter des réponses à l’impétueux appel d’air que les défis contemporains alimentent.

Certes les pensées ne sont pas que complémentaires. Les arguments s’opposent. L’agressivité y prend souvent place. Et surtout il faut se méfier. Se méfier des mots. Ils ne nous disent pas tout.

On sait que les grands marqueurs historiques interpellent personnellement chaque individu. Que chacun réagit avec sa sensibilité, sa culture, ses choix politiques et moraux. Que chacun, dans ces moments là, s’exprime en puisant dans un vocabulaire de proximité. Même les plus avertis d’entre nous n’échappent pas à ce besoin irrépressible d’expression immédiate.

Si l’on compare par exemple, Mai 68 et les attentats de ce 13 novembre, on voit que, dans chaque cas, la marque de l’événement n’épargne personne et que si la parole est multiple dans les deux cas, elle n’a pas la même caractéristique émotionnelle, ni ne recoure aux mêmes images ou aux mêmes mots. Mais que le rôle des mots, dans l’interprétation des faits, est similaire. Et cela a beaucoup d’importance dans la confrontation qui s’établit.

Pour ma part, dans l’ininterrompu dialogue et le débat que m’imposait, de manière générale, l’exercice de la responsabilité, les mots se sont fréquemment présentés en obstacle de la compréhension.

Eh bien, dans les journées malmenées de ces dernières semaines, les réactions spontanées à mes écrits (questions, affirmations, critiques, approbations) sur le blog ou sur Facebook, illustrent très bien la plasticité des mots dans la formulation des opinions exprimées. Parce que chacun prête au mot une signification en fonction de sa sensibilité, de sa culture. Il lui prête ce qu’il en sait. Mais ne voit pas toujours ce qu’il en ignore. L’échange manque alors de clarté, «le jour s’en va». Le malentendu s’installe et fausse la teneur de la controverse. Ainsi avec le mot « gauche ».

Les hommes inventent les mots et les utilisent. Des mots qui résument un savoir historiquement constitué. Mais dont on peut méconnaître le sens profond. Des mots par lesquels on se laisse piéger. Certains hommes se servent aussi des mots, en toute lucidité, pour travestir la réalité, détourner des actions nécessaires et pervertir les pensées.

Guerre, barbarie, fascisme, civilisation, religion, monde libre, vérité… politique, démocratie. Mais, pour chacun de ces mots de quoi parle-t-on, pour les faits comme pour les individus ? Il ne suffit pas d’écrire un mot pour tout expliquer. Dans l’inimaginable multitude de prises de position individuelle – qui ne parle pas, n’écrit pas ici ou là – il faut savoir prendre de la distance, écarter les malentendus, pour disposer de la possibilité de dire ce que l’on pense soi-même. Y compris changer un mot pour refroidir le texte et faciliter le dialogue, pour tenter ainsi de dégager, collectivement, le sens réel des choses.

C’est indispensable pour clarifier la controverse, lui donner son efficacité. Mais aussi pour écarter les manipulations insupportables, ne pas accepter les détournements opérés.

Il faut écouter les mots, mais aussi découvrir
« ce qu’ils portent en eux d’ombre ».

2 réflexions sur “ Ce qu’ils portent en eux d’ombre ”

  1. … il faut se méfier. Se méfier des mots. Ils ne nous disent pas tout…
    CHI DESIDERA PUÒ LEGGERE IL MIO LIBRO « IL DONO TRADITO »…
    VOULEZ- VOUS LIRE MON LIVRE « IL DONO TRADITO » / « LA TRAHISON D’UN CADEAUX »/ (en italien)?

    Ce qu’ils portent en ehux d’ombre

    Le week-end électoral à venir, ses résultats et conséquences, ne peuvent que focaliser l’attention de nos lecteurs du blog.

    humanite.frMi piace

  2. ….cette émotion est même instrumentalisée pour servir des ambitions politiques plus ou moins avouables…
    PARDONNEZ MOI. MAIS CES MOTS AUSSI SONT « instrumentalisées pour servir etc… »
    DOMMAGE SI L’AUTEUR NE LE CROÎT PAS!
    MI DISPIACE, MA ANCHE QUESTE PAROLE SONO UNO STRUMENTO PER SERVIRE AMBIZIONI POLITICHE PIÙ O MENO CONFESSABILI …
    E PEGGIO SE L’AUTORE NON SE NE RENDE CONTO!

    Quand le jour s’en va

    Le malentendu. Il fait son nid dans les mots et dans les pensées que ces derniers charpentent. Le malentendu grandit surtout lorsque se manifeste une actualité qui agresse ce qu’il y a de plus intime en chacun de nous.

    humanite

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