plateau-politique

Ne pas souligner que les ombres

René Piquet

Deux jours après les élections.

Comme vous, j’écoute, je lis. Avec un sentiment de trop plein. Noyé dans une précipitation du dire, emporté par une course à la présence. La vérité, c’est connu, ne saurait attendre. Et qui ne sait pas ce qu’il en est de la vérité ?

Comme chacun je constate que chez tous les protagonistes c’est le même vocabulaire de proximité, un peu rance, qui prévaut. Comme si la langue épuisée n’autorisait pas une pensée réfléchie, une autre amplitude du regard, une originalité pertinente. Ils rêvent tous d’un mot qui résume le jour. Ils utilisent même le drame pour imposer leur logique.
Une réalité myope. Désolante.

Et, chez moi, la conviction que ces bons docteurs ne s’aperçoivent pas du vide terrifiant qui s’installe sous leurs pieds. Sans que les élections et leurs résultats, les institutions qui les justifient, les partis qui s’en réclament, sans que leur pensée politique qui se délite, viennent leur rappeler qu’un monde se cherche. Que leurs mots, comme les fleurs fanent. Et que même leur somnolence, devant les exigences de renouveau, est scélérate. Ils sont, à les en croire, soucieux de la démocratie, de la République et, à ce titre, porteurs, dans une majorité hétéroclite, des valeurs les plus nobles de notre histoire commune. Ni plus ni moins.

Il y a déjà longtemps, non sans raison, que Tocqueville – souvent leur auteur de référence – appelait à se méfier « de l’emprise morale des majorités ». Il y voyait un risque pour la démocratie. A quoi nous pourrions ajouter la perpective qu’ils proposent quant au bien-être, au progrès, à la liberté. Mais nous sommes lucides. Depuis toujours, dans cette demeure offerte, la plus grande salle, est la salle d’attente.
Je suis excessif ? Je ne le crois pas. Je les laisse tous dans la même besace de la politique, avec leur faible clarté et leur triste raison. A chacun d’apprécier.

Pour moi, nous nous devons de nous inscrire dans le mouvement historique; non pas pour nous en prétendre le point de départ, mais pour en ouvrir, avec le plus grand nombre, le sillon dans lequel peut renaître la raison de la métamorphose du monde. Pour dépasser le tournant de la vie qui isole et rassembler au mieux pour des « communs d’humanité » les énergies disponibles, les capacités multiples et leur créativité jusqu’alors muselées.

Et là, tout est à construire. La politique, les partis, les mouvements et structures dont elle à besoin. La place et le rôle décisif du citoyen, les formes et les limites de l’exercice de la responsabilité. Le tout pour définir les ambitions, les moyens de leur réalisation. Nous connaissons les difficultés de la société, le prix humain payé et la nécessité de les combattre. C’est évident.

Mais nous devons faire fructifier l’envie d’un autre monde. Nous projeter au coeur même de l’espérance des hommes pour contribuer, avec tous, à développer sa puissance propulsive de transformation sociale.

Dans la longue histoire du peuple, la chaleur de l’été, comme la froidure de l’hiver, ont vu naître et mourir cent souverains. Mais, dans les conditions historiques contemporaines, les besoins et les possibilités de notre société nous autorisent à juguler la crise qui nous enserre et justifient une grande ambition de total renouveau.

Et n’ être pas, seulement, la branche qui ne souligne que les ombres.

3 réflexions sur “ Ne pas souligner que les ombres ”

  1. J’ ai toujours eu beaucoup d’ estime pour Francette et René, mais que nous apporte votre dernier blog sinon, et pour vous seuls, le plaisir de vous relire ? C’ est de textes mobilisateurs dont nous avons cruellement besoin en cette période où il est plus qu’ urgent de reconstruire une vraie gauche révolutionnaire ! Amicalement,
    Jean-Paul Mais

  2. Tout d’abord je veux vous témoigner, à tous les deux, mon profond respect pour l’apport – que j’ose dire intellectuel – que vous avez apporté au PCF.

    Ceci étant, permettez-moi quelques remarques.

    René, j’ai apprécié ton pamphlet sur l’état de  » nôtre » société.

    Tu as raison : « ne soyons pas la branche qui ne souligne que les ombres ».

    A ceci près, que – le militant et responsable syndical que j’étais dans les années 1970, avant d’adhérer au PCF – a vu les « ombres » de très près ! comme tu le dis…

    Elles et ils ont toujours les dents longues… et s’en donnent les moyens politiques !

    Alors pour aller directement à ce qui me chagrine dans ton texte, c’est la non-référence au système qui domine le monde, non les hommes !, le système capitaliste !

    Ni toi, ni moi, n’avons la solution… à nous seuls, pour y mettre fin, mais j’ai toujours en tête et en moi cette idée de Marx je crois « analyser le réel pour le transformer » donc ne pas le rêver…

    Alors restons humbles dans nos propos, surtout quand nous avons eu la chance d’avoir des responsabilités dans un parti qui – en tout cas pour moi dans l’Eure, comme pour toi au niveau national – m’a beaucoup apporté, mais qui s’interroge comme toi bien sûr, pourquoi le FN ramasse plus de 33 % dans mon département ?

    Militant depuis 39 ans dans mon quartier de la Madeleine à Evreux – le seul mis sous couvre-feu en 2005 – je m’interroge bien sûr mais toujours avec cette idée qui devrait habiter un peu plus les communistes : écouter, faire réfléchir et se rassembler sur nos valeurs communes, l’HUMANITE !

    Bien fraternellement,

    Christian JUTEL

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