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Au pas tranquille

René Piquet

2016, Comme vous, j’avance au pas tranquille de l’honnête homme. Quoique !

J’ai, sur ce blog, pris quelques engagements que je n’ai pas encore tenus. Plusieurs questions sont restées sans réponse – n’est-ce pas Jean-Jacques ? D’autres blogueurs aussi m’ont sollicité et sont en droit d’attendre la précision demandée.

Je ne veux pas que le vent de janvier fane mes paroles ou me classe dans la catégorie des gens à goûts bas. Je vais donc, en ce début d’année, répondre.

En attendant, je vous propose de lire ou relire le texte d’Henri Michaux. Lisez le à haute voix, lentement. Accordez lui la respiration qu’il exige et appréciez l’humour, pertinent dans les dernières années de la IVème République, mais encore d’actualité aujourd’hui. A sa manière il trouve sa place dans nos « clins d’oeil ».

                                    Le secret de la situation politique

Soyons enfin clairs (Arouet)

Les Ouménés de Bonada ont pour désagréables voisins les Nippos de Pommédé. Les Nibbonis de Bonnaris s’entendent soit avec les Nippos de Pommédé, soit avec les Rijabons de Carabule pour amorcer une menace contre les Ouménés de Bonnada après naturellement s’être alliés avec les Bitules de Rotrarque ou après avoir momentanément, par engagements secrets, neutralisé les Rijobettes de Billiguettes qui sont situés sur le flanc des Kolvites de Beulet qui couvrent le pays des Ouménés de Bonnada et la partie nord-ouest du turitaire des Nippos de Pommédé au-delà des Prochus d’Osteboule.
La situation naturellement ne se présente pas toujours d’une façon aussi simple: car les Ouménés de Bonnada sont traversés eux-mêmes par quatre courants, ceux des Dohommédés de Bonnada, des Odobommédés de Bonnada, des Orodommédés de Bonnada et enfin des Dovoboddémonédés de Bonnada.
Ces courants d’opinion ne sont pas en fait des bases et se contrecarrent et se subdivisent comme on pense bien, suivant les circonstances, si bien que l’opinion des Dovoboddémonédés de Bonnada n’est qu’une opinion moyenne et l’on ne trouverait sûrement pas dix Dovoboddémonédés qui la partagent, et peut-être pas trois, quoiqu’ils acceptent de s’y tenir pour quelques instants pour la facilité, non certes du gouvernement, mais du recensement des opinions qui se fait trois fois par jour, quoique selon certains ce soit trop peu même pour une simple indication, tandis que, selon d’autres, peut-être utopistes, le recensement de l’opinion du matin et de celle du soir serait pratiquement suffisant.
Il y a aussi des opinions franchement d’opposition, en dehors des Odobommédés. Ce sont celles des Rodobodébommédés, avec lesquels aucun accord n’a jamais pu se faire, sauf naturellement sur le droit à la discussion, dont ils usent plus abondamment que n’importe quelle autre fraction des Ouménés de Bonnada, dont ils usent intarissablement.

Henri Michaux 

 
« Face aux verrous » 
Poésie/Gallimard 2002

 

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