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Rien d’autre qu’une hypothèse

René Piquet

Je le dis à nouveau, et qu’importe si je me répète, vous me pardonnerez : « ne croyez rien de ce que j’écris ». Ainsi, en ce début d’année, je commence mon article sur ce blog par l’affirmation qu’en cette année 2016 commençante, « j’avance du pas tranquille de l’honnête homme ».

« L’honnête homme » c’est vrai. en tout cas je le pense. Le « pas tranquille » est beaucoup plus discutable. Quatre vingt quatre automnes cotés à la bourse du temps, ça compte. Et je trouve que ces automnes me traitent, parfois, injustement. Donc mon pas est moins assuré, moins tranquille, que je l’annonçais.

Mais je tenterai tout de même de répondre personnellement aux questions que nos écrits ont suscitées.

Quelques thèmes sont souvent évoqués.
L’utilité du propos, sa pertinence, voire son ambiguité. Le capitalisme, ça irait mieux en l’appelant par son nom. La réflexion, oui peut-être, mais que fait-on aujourd’hui ? Et puis les propositions, les solutions vous les abandonnez dans le marigot de la politique. Il faut un projet, un programme, une issue. Où êtes-vous ? Il ne suffit pas de se faire plaisir avec un texte.
Certes il n’y a pas que ce genre de commentaires, mais ils impliquent déjà un début de réponse.

D’abord le plaisir. Bien sûr le plaisir. Le plaisir d’être présent au milieu de ceux qui pensent, cherchent, agissent pour subvertir, dépasser le système capitaliste, métamorphoser la société des hommes, transformer le monde. Oui, le plaisir d’être présent, chacun à sa manière, pour ce que l’on est, pour ce que l’on peut partager. Le plaisir d’offrir, mais aussi de recueillir, dans l’échange, la réflexion que la relation avec les autres développe et enrichit.

Ensuite la responsabilité. Comme chacun je ne me prive pas de juger, en bien ou en mal, ce qui se dit ou se fait. Mais cela ne vaut publiquement que dans l’action, dans la présence commune. Je ne veux pas être de ceux qui parlent, tranchent avec certitude, en toute chose, au nom de je ne sais quelle expérience ou ancienneté dans les fonctions exercées. Je considère que les automnes qui font, pour moi, une longue caravane, ne m’autorisent pas pas à dire quel pain est bon quand ce sont les autres qui pétrissent la pâte. Question de considération et de respect.

Enfin le bilan. Je suis, dans la durée, le compagnon de beaux moments de l’Histoire qui témoigne. Mais je suis aussi, quelles qu’aient été mes attitudes, appréciations et jugements personnels, compagnon de rendez-vous manqués. Et non des moindres.

Je suis lucide. Je ne suis qu’une bulle, infiniment petite, sur l’immensité océane. Une bulle qui sait que pour elle, l’éternité est temporaire. Une bulle qui peut être bloquée dans le Pot au noir ou violentée dans les quarantièmes rugissants. Mais une bulle qui peut et doit, par l’engagement de soi, chercher à structurer les lendemains planétaires incertains qui s’annoncent.

Je suis lucide. La lucidité n’entrave pas. Au contraire, elle contribue à façonner les convictions, à demeurer présent dans tout ce que notre monde contemporain porte en lui de nécessités nouvelles et de défis inédits. Et les défis sont de taille.

Pour la première fois depuis l’aube des temps, chaque individu affronte, avec toute la communauté humaine, une fracture globale de son histoire, avec ses orages prévisibles et ses progrès de civilisation possibles. Du quotidien à l’universel chacun affronte une époque où ce que l’on porte en soi d’humanité se doit d’éclore et se partager. Dans l’action conquérante, l’imagination libérée, la nouveauté assumée

Extraordinaire situation. Fabuleuse aventure pour qui veut, à sa façon, s’inscrire dans les métamorphoses nécessaires.

Voila pourquoi, vous le comprendrez , dans cet irrésistible besoin d’action, plusieurs blogueurs aimeraient que nous ne nous limitions pas a nos « clins d’oeil intempestifs », que nous entrions dans le débat politique quotidien.

Pour ce qui me concerne répondre à cette sollicitation marquerait une prétention dont j’espère être protégé. Comme vous, ma présence dans la vie commune, mon action, ma pensée quelle que soit leur importance, ne sont rien d’autre qu’une hypothèse. Mais une hypothèse qui construit, avec d’autres, les changements espérés.

Je sais le caractère périssable de l’Histoire. Je reste les yeux ouverts sur les temps désunis, mais je n’oublie pas que l’avenir aussi s’écrit.

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