Biographie René Piquet

René Piquet

Né le 23 octobre 1932 à Lanthenay (Romorantin-Lanthenay, Loir-et-Cher) ; mécanicien automobile ; militant communiste, secrétaire de la fédération UJRF du Loir-et-Cher (1951-1958), membre du comité national de l’UJCF (1956-1958) ; secrétaire de la fédération PCF du Loir-et-Cher (1958-1964), membre du comité central (1961-1995) et du bureau politique (1964-1990) du PCF, secrétaire du PCF (1964-1979) ; député européen (1979-1999).

Originaire de Sologne, René Piquet grandit au contact du monde des petits paysans de la région. Son père, Lucien Piquet, fut ouvrier agricole puis devint ouvrier en usine tout en maintenant une petite activité agricole. Il avait rejoint la Résistance durant la Seconde guerre mondiale et adhéra au Parti communiste après guerre. Sa mère, Renée Bodart, ménagère, fut également communiste. Titulaire du Diplôme d’études primaires préparatoires (DEPP), René Piquet poursuivit sa scolarité au collège, durant trois ans. Il suivit ensuite une école professionnelle et obtint le CAP de mécanicien automobile. Il effectua son apprentissage chez un garagiste, puis se spécialisa dans la mise au point des moteurs, pour les compétitions locales de rallye. Face à une situation financière trop précaire, il se réorienta ensuite vers le travail en usine, comme décolleteur. Dès son entrée dans la vie professionnelle, à seize ans, il adhéra à la CGT fin 1948. À cette époque, il continua de se former, préparant un brevet de technicien supérieur par correspondance.

En 1949, René Piquet rejoignit le mouvement communiste, par le biais de l’UJRF et adhéra ensuite au Parti communiste, en avril 1951. Il devint rapidement membre du secrétariat de la fédération UJRF du Loir-et-Cher. Dès cette époque, Fernand Jupeau, membre de la direction de la fédération communiste, le signalait comme un jeune militant très prometteur, en raison de son rôle dans le développement de l’UJRF et de sa participation au Mouvement de la paix dans le département. En 1954, René Piquet tenta d’intégrer un emploi de mécanicien, au sein de l’équipe de compétition automobile SIMCA ; n’ayant pas caché son engagement à la CGT et au PCF, il ne fut pas retenu. Il se maria le 20 février 1954 avec Juliette Godineau.

Devenu secrétaire de la section communiste de Blois (Loir-et-Cher), René Piquet fut élu au bureau fédéral, en mai 1956. Cependant et bien qu’il fut déjà père d’un fils, René Piquet fut au même moment rappelé en Algérie. Malgré son absence, il fut élu au comité national de l’Union des jeunesses communistes de France, qui succédait à l’UJRF après le congrès de décembre 1956. Cette élection avait été encouragée par Gaston Plissonnier, ancien secrétaire de la fédération du Loir-et-Cher et secrétaire administratif du PCF. À son retour d’Algérie, René Piquet devint permanent, secrétaire de la fédération des Jeunesses communistes et membre du bureau de la fédération PCF. En 1958, il intégra le secrétariat de la fédération communiste et abandonna ses responsabilités nationales à la JC en 1959 pour se consacrer entièrement au parti. Il suivit les écoles centrales d’un mois et de quatre mois du PCF. Dès cette époque, il assura la direction de la fédération du Loir-et-Cher en l’absence de Fernand Jupeau, notamment lorsque ce dernier suivit l’école centrale de quatre mois. Son élection au poste de premier secrétaire fédéral devint effective en mai 1961, à seulement vingt-huit ans.

Le début de l’année 1961 fut marqué par le déclenchement de « l’affaire CasanovaServin ». Invité à condamner l’attitude des deux dirigeants du PCF, le comité fédéral du Loir-et-Cher refusa de se prononcer, invoquant un manque d’informations. Cette manifestation d’autonomie ne fut pas retenue contre René Piquet qui, au contraire, fut élu membre titulaire du comité central lors du XVIe congrès du PCF (Saint-Denis, mai 1961). Outre sa proximité avec Gaston Plissonnier, il s’attira l’attention du premier cercle dirigeant du parti à travers l’activité de sa fédération, marquée par une forte progression des effectifs et des ventes de la presse communiste. Une ambitieuse souscription permit également de doter la fédération d’un nouveau siège, assorti d’une librairie, que Jacques Duclosvint inaugurer à Blois. Dans ses témoignages, René Piquet insiste également sur la bienveillance et les nombreux encouragements en provenance de Maurice Thorez. Signe de cette confiance croissante, René Piquet fut désigné en juillet 1962 pour participer à l’École supérieure des sciences sociales du PCUS, par laquelle le PCF renouait avec cette pratique de formation en URSS de ses cadres dirigeants. Avec Jacques Raimbault*, il fut retenu pour suivre le cursus d’un an mais dut interrompre son séjour en raison de l’état de santé de son épouse. Selon son témoignage, il se consacra avant tout aux cours de philosophie et d’économie politique, « riches et stimulants », restant plus réservé à l’égard des cours d’histoire.

Entre 1961 et 1964, René Piquet resta de son propre aveu très discret au sein du comité central, dont il évoque a posteriori la « réalité monotone et médiocre ». Pour autant, lors du XVIIe congrès (Paris, mai 1964), il intégra le bureau politique, comme suppléant, et le secrétariat du Parti communiste, au sein d’une équipe resserrée autour du nouveau secrétaire général Waldeck Rochet. À nouveau, René Piquet attribue cette promotion inattendue à l’influence deMaurice Thorez, soucieux d’intégrer un jeune dirigeant au profil atypique mais pouvant faire valoir ses origines populaires et ouvrières. René Piquet fut chargé du secteur de la propagande. Accompagnant les évolutions du PCF, il approuva les inflexions politiques apportées par Waldeck Rochet, notamment lors du soutien à la candidature deFrançois Mitterrand à l’élection présidentielle, en 1965. En 1966, il fut chargé d’accompagner la formation de la nouvelle fédération des Yvelines lors du redécoupage des départements de région parisienne.

Lorsqu’en 1969 la maladie éloigna définitivement Waldeck Rochet, René Piquet avança le nom de Roland Leroy* pour lui succéder, sans toutefois s’opposer à la désignation de Georges Marchais, fortement soutenue par Gaston Plissonnier. À partir de 1971, il fut chargé de coordonner l’activité du PCF dans la région Midi-Pyrénées et essentiellement de la fédération de Haute-Garonne. Il conserva cette responsabilité jusqu’en 1987 et, à Toulouse, contribua à l’ascension de responsables locaux comme Claude Llabres. Soutenu par Georges Marchais, il fut en pointe dans la mise en œuvre des débats internes et publics, à l’image de son débat avec Alexandre Sanguinetti, député et président UDR du Conseil régional Midi-Pyrénées, au Palais des Sports de Toulouse, en novembre 1972. En 1976, Pierre Juquinle rejoignit à la tête du secteur propagande. À travers ses apparitions médiatiques, il contribua à offrir une image renouvelée du dirigeant communiste, rajeunie et plus volontiers aimable et souriante, ce qui lui valut une certaine popularité.

Portée par la politique d’ouverture et d’Union de la gauche, la position de René Piquet devint moins assurée avec le repli progressif du PCF et la rupture du Programme commun, en 1977. Pour autant, en 1978, contre Georges Marchais, il soutint Gaston Plissonnier, décidé à freiner les initiatives d’autonomie à l’égard du PCUS. Ainsi, il plaida pour la mise au pilon de la brochure Vivre, qui présentait en couverture la photographie d’une poignée de main entre Pierre Juquin et le dissident soviétique Léonid Plioutch. En 1979, René Piquet demanda à quitter le secrétariat du PCF. Outre certaines hésitations politiques, ce choix était également lié à des difficultés familiales. Comme il l’a confié dans l’ouvrage Les vérités du matin, son épouse souffrait en effet depuis deux décennies de graves troubles psychiatriques. Il continua toutefois de siéger au bureau politique jusqu’en 1990 et au comité central, devenu ensuite comité national, jusqu’en 1995. Entre 1985 et 1990, il assura la direction de la section d’aide à la promotion des militants du PCF, lointaine héritière de la section des cadres.

À partir de 1979, les responsabilités de René Piquet se concentrèrent sur ses mandats électifs. Candidat malheureux aux élections législatives de 1967 et 1968 dans le Loir-et-Cher, puis en 1973 et 1978 à Toulouse, il n’avait pas pu bénéficier jusque là d’une tribune parlementaire qui lui aurait permis de renforcer sa stature hors de l’appareil. Il fut élu pour la première fois comme député européen en 1979, en sixième position sur la liste du PCF. Dès lors moins engagé dans les débats internes au PCF, il s’investit fortement dans son mandat, qu’il conserva durant dix-huit ans, jusqu’à sa démission en 1997, en cours de session. Au Parlement européen, il fut vice-président du groupe communiste et apparentés (1982-1989), président (1989-1991 et 1992-1993) puis vice-président (1993-1994) de la Coalition des gauches et enfin vice-président du groupe GUE/NLG (1994-1997). Il cessa toute activité politique en 1997, se consacrant à l’écriture d’un ouvrage autobiographique et d’une réflexion à quatre mains sur l’engagement communiste, avec Francette Lazard.

ŒUVRE : avec Jean Llante*, Libertat. 50 ans pour un espoir, Paris, Éditions sociales, 1982. — Le soleil s’attarde comme une récompense. Regards sur un engagement politique, Paris, Le Temps des Cerises, 2007. — avec Francette Lazard, Les vérités du matin. Regards croisés sur un engagement, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2011.

SOURCES : Arch. du comité national du PCF. — Presse nationale — André Harris, Alain de Sédouy, Voyage à l’intérieur du Parti communiste, Paris, Seuil, 1974. — René Piquet, Le soleil s’attarde comme une récompense. Regards sur un engagement politique, Paris, Le Temps des Cerises, 2007. — René Piquet, Francette Lazard, Les vérités du matin. Regards croisés sur un engagement, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2011. — Entretien avec René Piquet, février 2004.

Paul Boulland

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